Formation par simulateur pour les mines souterraines


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Entre février et avril 2016, grâce à une initiative du Comité sectoriel de main-d’œuvre de l’industrie des mines (CSMO Mines) et de la Corporation de développement industriel et commercial de la région de Val-d’Or, 15 travailleurs miniers québécois ont pu expérimenter le simulateur minier de Norcat, un centre de formation de calibre mondial. Situé à Sudbury, en Ontario, Norcat se concentre sur le développement d’une offre de formation visant principalement l’amélioration de la productivité et la réduction des accidents de travail découlant de l’opération d’équipements miniers souterrains. 

Présentation du projet 

Cette expérimentation a impliqué 15 opérateurs d’équipements miniers chevronnés qui représentaient six entreprises minières québécoises : Agnico Eagle, Bracemac-McLeod, Hecla Québec, Iamgold, Mine Seleine et Ressources Métanor, ainsi que quatre entreprises de services : Cementation, CMAC-Thyssen, Machines Roger et Redpath. Les participants ont été sélectionnés sur la base de leur intérêt pour la formation de la main-d’œuvre, de leur expérience professionnelle et de leurs compétences opérationnelles sur différents équipements. 

Répartis en quatre cohortes distinctes, ils ont pu tester, lors d’une formation de quatre jours, un simulateur ThoroughTec Cybermine reproduisant quatre équipements miniers souterrains : une chargeuse navette Sandvik, une chargeuse navette Caterpillar, une boulonneuse Maclean et une foreuse Atlas Copco.  

La contribution de l’Institut national des mines (INMQ) a consisté à recueillir sur place des données en lien avec les apprentissages réalisés. L’INMQ procédera ultérieurement à une évaluation complète de la satisfaction des apprenants et du transfert des apprentissages en contexte de travail. Une première analyse des données recueillies à Sudbury permet de présenter ici quelques résultats préliminaires. 

Profil des participants 

Les participants sont tous des hommes, cumulant en moyenne plus de 24 ans d’expérience dans le domaine minier. 45 % d’entre eux détiennent un diplôme d’études professionnelles (DEP) en extraction du minerai. 82 % des participants suivaient pour la première fois une formation par simulateur et 36 % d’entre eux craignaient de vivre des difficultés à se familiariser avec l’interface. 

Leurs attentes concernaient principalement l’apprentissage de cette nouvelle méthode de formation (45 %), l’amélioration des habiletés d’opération des équipements (45 %) et une meilleure connaissance des procédures d’urgence (27 %). Les attentes ont été satisfaites 91 % des participants soutiennent que les activités proposées sont pertinentes par rapport aux besoins de formation de leur entreprise. Les données d’évaluation fournies systématiquement par le simulateur leur ont fait prendre davantage conscience de leur performance réelle, de leurs forces et des améliorations possibles. Cela s’explique du fait que le simulateur mesure des éléments impossibles à évaluer par une simple observation en contexte de travail. Il n’est donc pas étonnant qu’ils mentionnent tous que la formation par simulateur permet une meilleure évaluation qu’une formation traditionnelle, car l’évaluation automatisée fournit une image plus complète du rendement de l’opérateur et précise les domaines à améliorer.    

73 % des participants mentionnent également que la formation par simulateur améliore le comportement de l’opérateur dans des situations d’urgence, tels des feux ou des bris mécaniques. Il s’agit là d’un avantage considérable en lien direct avec la santé et la sécurité du travailleur qui peut se familiariser avec des procédures d’urgence impossibles à simuler dans un contexte de formation conventionnel.

Forces et faiblesses de la formation par simulateur


Un avantage important de la formation par simulateur mis en évidence par les participants à ce projet est directement relié aux conditions et au contexte d’apprentissage auxquels sont confrontés les apprenants en milieu de travail. Dans une mine souterraine, un nouvel opérateur est soumis à un stress élevé engendré par les risques d’accident avec blessures et de bris découlant d’un manque d’expérience sur l’équipement qu’il doit apprendre à opérer. Ce niveau de stress auquel doit faire face tout nouvel opérateur nuit à son apprentissage. La formation sur simulateur évacue totalement cette composante. Libérer les
nouveaux opérateurs du stress lié aux risques d’accident facilite grandement leur apprentissage initial, car une erreur de débutant n’a aucune conséquence dans un environnement virtuel. 

Le monitorage constant pendant la formation améliore la fréquence et la qualité de la rétroaction entre le formateur et les apprenants. Le formateur peut modifier en tout temps et de façon dynamique les scénarios de formation durant une séance afin de présenter un défi supplémentaire à l’opérateur pour lui permettre d’approfondir sa maîtrise de l’engin. À tout moment, le formateur peut intervenir auprès de l’apprenant pour le guider dans son apprentissage et favoriser
l’intégration de meilleures pratiques.  

Le dispositif de formation utilisé chez Norcat est propice à l’apprentissage en groupe restreint, car un écran placé dans une salle attenante permet aux participants de visionner sous tous les angles les manœuvres de l’apprenant sur simulateur. Cela encourage les échanges et contribue aux apprentissages individuels. 

La principale faiblesse de la formation par simulateur identifiée par les participants concerne le manque occasionnel de réalisme de certains éléments de l’environnement minier recréé dans le conteneur qui abrite le simulateur. Par exemple, dans une mine, les opérateurs sont habituellement exposés au bruit causé par la ventilation, ce qui n’est pas reproduit fidèlement par cet équipement de simulation. 

À venir

L’INMQ procédera prochainement à une analyse plus approfondie des données recueillies auprès des quatre cohortes. Une relance sera également effectuée auprès des participants pour déterminer si leur initiation à l’apprentissage par simulateur est utile en contexte réel de travail, au-delà de la familiarisation avec l’équipement et les opérations de base.  

En lien avec l’avis sur les simulateurs miniers remis au ministre de l’Éducation en mars 2015, l’INMQ rédigera un rapport utile aux commissions scolaires québécoises dans l’élaboration d’une démarche pragmatique favorisant l’enseignement par simulateur dans les programmes publics de formation pour opérateurs d’engins miniers, d’engins de chantier ou de machinerie lourde en voirie forestière.   

Ce rapport sera utile également à ses partenaires, le CSMO Mines et la Corporation de développement industriel et commercial de la Ville de Val-d’Or, qui favorisent une approche concertée et l’accès à des moyens concrets pour élaborer une offre de formation continue par simulateur pour les entreprises minières, les entreprises de services et les opérateurs d’équipements miniers.

Cet article a été publié dans la revue Ressources Mines et Industrie, volume 3, numéro 2.
Source de la photo : NORCAT