Michel Aubertin : 30 ans à l'éducation et à la recherche dans le secteur minier


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Figure importante du Québec en formation et recherche dans le secteur minier, Michel Aubertin se consacre à l’éducation depuis plus de 30 ans. Au cours de sa carrière, il a contribué à former de nombreux spécialistes dans le secteur minier et il a réalisé des avancées importantes en recherche. Dans le cadre de la Semaine des enseignantes et des enseignants, l’Institut national des mines (INMQ) désire souligner le travail d’un des enseignants émérites au Québec. Voici l’entretien.

1- Quelle est votre vision actuelle de l’enseignement et de la formation minière?

La formation minière a beaucoup évolué au cours des 30 dernières années. Les outils ont changé avec l’évolution de l’informatique et ses multiples retombées et applications en génie des mines. Je pense notamment à la planification et à la géologie, la ventilation et l’hygiène du travail, la recherche opérationnelle, le contrôle de terrain et la gestion des rejets miniers. Avec Internet, l’accès à l’information est devenu beaucoup plus accessible. Les programmes de formation en génie des mines ont su s’adapter en utilisant ces nouvelles technologies à bon escient.

Les priorités dans l’industrie minière ont aussi connu des bouleversements. Nous parlons maintenant régulièrement des questions environnementales, notamment pour la gestion des rejets miniers. Quand j’ai commencé à enseigner à Polytechnique en 1989, on parlait peu des problèmes environnementaux dans l’industrie minière. Aucune formation spécialisée ne se donnait dans le domaine à cette époque au Québec. À Polytechnique, on m’a alors demandé de mettre en place des portions de cours en considérant cet aspect. Au fil du temps, nous avons développé les connaissances et la formation dans le domaine, afin de créer une expertise au Québec. Ceci nous a ensuite permis de créer des programmes de maîtrise ou de doctorat axés sur ces questions. Bruno Buissière, maintenant professeur titulaire de la Chaire industrielle CRSNG-UQAT sur la restauration des sites miniers est un bon exemple. Durant sa formation à Polytechnique, il s’est très tôt intéressé aux questions liées à la gestion des rejets miniers et à la protection de l’environnement, et il est devenu un chef de file dans le domaine à l’échelle nationale et internationale. Maintenant, ces sujets sont au centre de pratiquement tous les programmes de génie des mines au Québec et au Canada.
 
Nous avons également contribué au cours des années à développer des outils et des techniques pour régler certains problèmes rencontrés par l’industrie minière. À cet égard, un des principaux changements a été le rapprochement entre les universités et les entreprises minières. L’industrie a soutenu la recherche et est devenue un partenaire majeur pour nos universités. Aujourd’hui, les entreprises embauchent les spécialistes que nous formons et elles appliquent des techniques que nous avons développées à travers nos recherches.

2- Quelle importance accordez-vous à la formation dans le secteur minier?

Le secteur minier repose en grande partie sur des technologies de pointe, ce qui demande à chaque travailleur, qu’il soit mineur, technicien, géologue, ingénieur ou autre professionnel, une grande expertise. On ne travaille pas dans le domaine minier sans avoir suivi une formation spécialisée, adaptée au secteur et aux tâches à réaliser. Par exemple, un mineur doit être efficace dans son travail, mais aussi connaître les enjeux de l’industrie minière notamment au niveau de la santé et de la sécurité. Ce sont des notions transmises par la formation qui est la clé dans notre secteur. En ce sens, l’INMQ joue un rôle dans l’établissement de liens plus étroits entre les niveaux de formation, ainsi que dans l’industrie minière et avec les ministères. Tous doivent comprendre les rôles et responsabilités de chacun et les faire connaître à travers l’industrie.

3- Quelle est la réalisation dont vous êtes le plus fier?

Je pense que ma plus grande réalisation personnelle est d’avoir contribué à former un grand nombre de spécialistes, notamment à travers la Chaire industrielle CRSNG Polytechnique-UQAT en Environnement et gestion des rejets miniers (2001-2012). Ces finissants, après une maîtrise, un doctorat ou un postdoctorat, évoluent partout dans l’industrie, tant dans les firmes de consultants spécialisés, que dans les universités, les ministères et les entreprises minières. Pour arriver à régler les problèmes particuliers de notre industrie, nous avons besoin de technologies spécifiques et de spécialistes pour bien les comprendre et assurer le transfert technologique. 

L’enseignement et la formation peuvent être des activités très valorisantes, surtout quand on voit l’évolution des étudiants. Ce que l’on apprécie en enseignement, ce sont les jeunes qui découvrent et s’intéressent progressivement à divers sujets et qui veulent en apprendre davantage. Comme enseignant, il faut tenter de susciter l’intérêt des élèves; lorsque cela fonctionne, ça devient très stimulant et valorisant.

4- Quelle importance accordez-vous à la recherche dans le secteur minier?

Dans les prochaines années, l’industrie devra continuer à investir dans le développement et l’application de technologies de pointe, notamment pour assurer la sécurité des travailleurs, exercer un bon contrôle du terrain, et devenir de plus en plus productifs et efficaces. Par exemple, le remblayage des chantiers souterrains se fait maintenant de façon généralisée, en utilisant des rejets miniers, ce qui permet une meilleure stabilité des ouvertures tout en améliorant les modes de disposition des rejets (en réduisant les quantités en surface).

Il faut continuer d’être innovateur dans l’industrie minière. Pour être compétitif, il faut utiliser les bons outils et les bonnes méthodes. Nous vivons dans un pays où les salaires sont relativement élevés, mais nous bénéficions aussi d’une main d’œuvre ayant une formation de haut niveau, ce qui permet une productivité accrue. Il faut aussi continuer à investir dans la recherche de solutions novatrices, qui est un élément essentiel du succès à long terme. La meilleure démonstration de cette importance est le soutien que l’industrie accorde à des entités spécialisées et reconnues comme notre Institut de recherche sur les mines et l’environnement (IRME UQAT-Polytechnique).

5- Que souhaitez-vous pour la formation minière dans le secteur minier?

Tout d’abord, je nous souhaite une industrie minière en santé, et qui fait valoir ses bons coups dans divers secteurs, notamment en environnement. Évidemment, il y a encore de nombreux défis à relever, et plusieurs facteurs que l’on ne contrôle pas, comme le prix des métaux et de l’énergie, ou la valeur du dollar canadien. Nous devons garder les liens étroits établis entre l’industrie et les milieux de formation comme les universités. De plus, l’industrie doit valoriser les stages en entreprise pour nos étudiants. Cette expérience pratique est essentielle au succès futur de la main-d’œuvre requise par notre industrie. 

Détenteur d’un baccalauréat en génie civil du programme coopératif de l’Université de Sherbrooke, d’une maîtrise en géotechnique et d’un doctorat en géomécanique de l’École Polytechnique, Michel Aubertin a commencé sa carrière en enseignement en 1984. Responsable du programme de 1er cycle en ingénierie de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) et directeur-fondateur de l’Unité de recherche et de service en technologie minérale (URSTM), monsieur Aubertin est devenu professeur à l’École Polytechnique de Montréal en 1989. Il a été témoin depuis 30 ans de grands changements au niveau des technologies utilisées dans l’industrie minière. Actuellement, il agit comme professeur titulaire à Polytechnique Montréal où il est le Directeur Scientifique de l’Institut de recherche sur les mines et l’environnement (IRME UQAT-Polytechnique).