Attirer, former et intégrer dans les régions minières du Québec de jeunes géologues provenant de la France et du Maroc


Par Robert Marquis, président-directeur-général
Institut national des mines
Article publié dans la revue Géologues de la Société Géologique de France



En 2008, en réponse à une forte demande de main-d’œuvre en géologie minière, l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) mettait sur pied dans sa région l’École d’été de géologie de terrain. Dix ans plus tard, la possibilité de participer à l’École génère toujours un afflux de jeunes géologues provenant de la France et du Maroc et désireux de démarrer leur carrière au Québec. Plusieurs formateurs et collaborateurs de la première heure sont encore actifs. Leur évaluation des stagiaires souligne particulièrement l’importance accordée à l’adaptation au contexte de travail, une aptitude professionnelle hautement valorisée.

Selon Mme A. S. André Mayer, professeure de géologie à l’Université de Lorraine et très impliquée dans les travaux de l’École, « l’excellent accueil réservé aux stagiaires, année après année, associé au bouche-à-oreille dans les universités participantes génère un afflux de jeunes géologues francophones souhaitant démarrer leur carrière au Québec ».

Des retombées concrètes dans plusieurs régions

Initialement conçue pour pallier rapidement une situation conjoncturelle, l’École a aussi généré des bénéfices à long terme inespérés. Son succès repose d’une part, sur une connaissance intime des besoins du milieu et d’autre part, sur la mise en commun de réseaux de  contacts tissés avec les partenaires corporatifs, institutionnels et universitaires au Québec, en France et au Maroc. La pérennité de l’École et la nature des stages offerts par des entreprises d’exploration minière actives à travers tout le Québec font en sorte que cette initiative originale de l’UQAT profite concrètement à plusieurs régions minières en plus d’offrir des conditions gagnantes au démarrage de nouvelles carrières professionnelles.

Une École qui se décline en deux temps

Le premier temps de l’École consiste en une courte formation universitaire de deuxième cycle axée sur la pratique et l’expérimentation. Cette formation intensive aux particularités géologiques du Québec minier est répartie sur deux semaines. Au démarrage, ce premier temps de l’École a bénéficié du soutien financier de partenaires corporatifs et d’Emploi-Québec ainsi que du soutien matériel, logistique et technique du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles.

La réussite de cette formation en Abitibi-Témiscamingue donne accès au second temps de l’École, un stage en entreprise d’une durée approximative de 4 mois.  Celui-ci se déroule la plupart du temps en petites équipes déployées en Abitibi-Témiscamingue, dans le Nord-du-Québec et sur la Côte-Nord, des régions variées présentant un grand potentiel d’exploration minière, souvent méconnu.  

Les facteurs de succès

Plusieurs facteurs assurent le succès et la pérennité de cette initiative originale. En premier lieu, en raison de collaborations professionnelles et universitaires préexistantes, il est relativement facile de recruter parmi les nouveaux diplômés des meilleures universités françaises et marocaines offrant un programme de géologie. En second lieu, le soutien des partenaires corporatifs et institutionnels ne s’est jamais démenti. Malgré les soubresauts économiques de la dernière décennie, l’École favorise donc toujours l’attraction et la formation de jeunes géologues issus de la francophonie dans les régions minières du Québec. Elle facilite aussi leur intégration et leur rétention au marché du travail québécois, car elle ouvre la porte à une première expérience professionnelle de grande qualité.

La satisfaction des partenaires corporatifs repose en bonne partie sur la sélection des candidats. Le processus de sélection est rigoureux. Il valorise l’intérêt manifesté pour le contexte géologique particulier au Québec et la motivation pour une carrière dans l’industrie minière. La sélection accorde également beaucoup d’importance à la recommandation d’un répondant qui connaît bien d’une part, les habiletés des candidats et d’autre part, les caractéristiques de l’École.

Par ailleurs, le jumelage entre les stagiaires et les entreprises est conçu en fonction des profils des candidats retenus pour l’École et des descriptions de stage fournies par les partenaires corporatifs. Chaque entreprise est donc tenue de préciser ses attentes et de fournir une description détaillée du stage offert. Elle garantit également un encadrement structuré, supervisé par un géologue expérimenté.

Des retombées à long terme

En 2016, une relance auprès des stagiaires de la première heure a fait ressortir que dans un contexte économique favorable, la contribution des stagiaires aux activités d’exploration minière se prolonge sur une durée beaucoup plus longue que leur stage initial.

Une seconde relance en 2018 auprès des stagiaires, des professeurs et des entreprises ont permis de confirmer que dix ans plus tard, certains participants de la première cohorte sont encore au travail au Québec. De plus, un participant sur trois a reçu une offre d’emploi par son employeur de stage. Par la suite, certains d’entre eux ont facilité le recrutement d’autres géologues de la France et du Maroc avec lesquels ils avaient été en contact au cours de leurs études universitaires.