y'a-t-il suffisamment de diplômés pour répondre aux besoins de main-d'oeuvre
dans le secteur minier?


Par Jeffrey Vaillancourt, chargé de projet
Institut national des mines



La pénurie de main-d’œuvre qui sévit présentement au Québec touche de nombreux secteurs d’activités. Le secteur minier ne fait pas exception avec des besoins estimés à 6 648 postes à pourvoir d’ici 2021 (CSMO, 2017).

Pour évaluer si les besoins de main-d’œuvre de l’industrie minière pourront être comblés, l’Institut a fait une analyse comparative en utilisant l’estimation des besoins de main-d’œuvre des cinq prochaines années (CSMO 2017) et le taux de diplomation entre 2012 et 2016 selon les données du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES). L’Institut émet l’hypothèse que le taux de diplomation demeurera sensiblement le même au cours des cinq années, et ce, malgré la pénurie de main-d’œuvre envisagée.

Cet exercice comparatif porte sur les quatre métiers se trouvant dans le palmarès des 10 professions les plus en demande depuis 2012. Ces quatre métiers nécessitent un diplôme d’études professionnelles comme 66 % des postes à pourvoir dans lesecteur minier (CSMO 2012; CSMO 2015; CSMO, 2017).


1 - Opérateur de machinerie lourde

D’ici les cinq prochaines années, on estime qu’il y aura 725 postes d’opérateur de machinerie lourde spécialisée (pelle et camion) à combler. Avec 5 231 diplômés entre 2012 et 2016, cet emploi ne semble pas, à première vue, présenter un risque de pénurie. Suite aux observations de l’Institut lors de sa mission en Australie à l’automne 2017, l’opérateur de camion pour le transport du minerai est le premier emploi à s’automatiser dans les mines modernes. Il est donc possible que l’évaluation des besoins de main-d’œuvre soit revue à la baisse dans un avenir rapproché. 

2 - Mécanicien de machinerie lourde/hydraulicien et mécanicien d’équipement lourd mobile

Plus de 350 postes de mécanicien de machinerie lourde/hydraulicien et mécanicien d'équipement lourd mobile seront disponibles d’ici 2021. Entre 2012 et 2016, 3 817 étudiants ont été diplômés pour faire carrière dans ce métier. Par conséquent, le nombre de diplômés semble suffisant.  

3 - Mécanicien industriel/réparateur de matériel de traitement du minerai

Le 3e métier le plus en demande est celui de mécanicien industriel/réparateur de matériel de traitement du minerai. Avec une demande de 198 postes à pourvoir et 2 627 diplômés, l’offre de diplômés semble plus élevée que la demande de personnel. Comme mentionné dans les cas précédents, cette conclusion hâtive ne reflète pas la réalité sur le terrain où plusieurs entreprises ont du mal à combler leurs effectifs. 
 
4 - Opérateur de machine de traitement du minerai

Le 4e métier évalué est celui d’opérateur de machine de traitement de minerai; métier exclusif au secteur minier. Les besoins sont estimés de 185 postes à pourvoir entre 2017 et 2021, et 206 diplômés entre 2012 et 2016. Pour répondre à l’estimation des besoins, il faut que 90 % des diplômés occupent un emploi lié à leur formation. Depuis 2012, en moyenne 89 % des diplômés ont un emploi lié à cette formation (Le guide choisir 2018) ce qui est la limite inférieure estimée pour rencontrer les besoins. La pénurie de main-d’œuvre pour ce métier peut être considérée à risque.   

En ce qui concerne les trois premières formations présentées qui ne sont pas exclusives au secteur minier, l’Institut reste prudent, puisque trois facteurs peuvent influencer l’interprétation de ces résultats : 

·  les finissants peuvent pratiquer leur métier dans d’autres secteurs d’activités dont les besoins ne sont pas quantifiés;
·  certains étudiants acceptent des emplois qui ne sont pas liés à leur formation;
·  d’autres peuvent choisir de poursuivre leurs études. 

En conclusion, l’Institut encourage les établissements d’enseignement et les entreprises du secteur minier ou connexes au secteur minier à travailler ensemble pour favoriser davantage les inscriptions dans les programmes de formation minière. Ces futurs diplômés pourront ainsi contribuer à la prospérité de ce secteur économique au Québec. De plus, la formation continue en entreprise avec l’aide des établissements d’enseignement pourra également contribuer à la rétention des employés.
 
Références

CSMO 2012. Estimation des besoins de main-d’œuvre du secteur minier au Québec : 2012-2021. Comité sectoriel de main-d’œuvre de l’industrie des mines. Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Bibliothèque nationale et Archives Canada. 47 p.  

CSMO 2015. Estimation des besoins de main-d’œuvre du secteur minier au Québec : 2015-2025. Comité sectoriel de main-d’œuvre de l’industrie des mines. Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Bibliothèque nationale et Archives Canada. 52 p. 

CSMO 2017. Estimation des besoins de main-d’œuvre du secteur minier au Québec : 2017-2021 avec tendances 2027. Comité sectoriel de main-d’œuvre de l’industrie des mines. Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Bibliothèque nationale et Archives Canada. 60 p. 

Le Guide choisir 2018 : secondaire • collégial. Septembre éditeur. 536 p.